chant XI

s’enfoncer dans la saison 

c’est aller vers la nuit 

où coulent indifférenciés

astres et lunes 

ainsi l’automne exige-t-il un chant 

c’est le temps du courage

avec ses cimetières gorgés de chrysanthèmes

où le gel plane menaçant

je pense aux mains hardies 

qui soupèsent les jeunes pousses 

arrachent encore des herbes superflues 

pour organiser l’attente grave d’hiver

les froids jouent déjà sur les visages

je pense Ă  ceux qui ont quittĂ© la maison 

et savent qu’ils ne reviendront pas 

ils partent en sifflant des airs d’amour 

perdu et les minuscules aurores

tracent leurs frissons sur la lande

la saison s’entête à périr

aucune prière ne vaut 

je me demande s’il y aura un hiver 

avec son petit monde très sec

et la voix qui porte au loin l’espoir

au travers des taillis verglacés

stalagmites tremblant du nouvel an

2/5 Les souterrains de Laon

Obscurités gothiques

Puisqu’on cachait aux souterrains tout un monde de vin, de victuailles, de blĂ©, il me vient que ces chemins obscurs renvoient Ă  nos entrailles. Coloscopies, echographies, radiographies ont mis Ă  jour depuis peu une vision claire de cette partie du corps qui nous hante chaque jour. Mais l’affaire est rĂ©cente: depuis l’aube des temps l’humanitĂ© s’est prĂ©occupĂ©e avec un zèle Ă©mouvant Ă  dĂ©crypter les signes de notre abdomen, ce qui nous est le plus proche et qui Ă©tait depuis toujours tellement lointain. C’Ă©tait notre bien le plus prĂ©cieux et nous ne le voyions pas, Ă©trange monde souterrain. 

On n’oubliera pas que ce plus obscur est Ă©galement Ă  deux doigts du lieu d’oĂą la vie jaillit. Mystère fabuleux de la naissance. La vraie vie est ailleurs, dit le poète, il veut dire le fĂ©minin sans doute, et ce passage obligĂ© du vivant Ă  travers le chemin des dames, souterrain encore, souterrain capital. Les choses ne sont dĂ©cidĂ©ment jamais simples dès qu’on pĂ©nètre sous la terre. Le touriste le sait bien qui a une curieuse impression de dĂ©jĂ  vu, de dĂ©jĂ  traversĂ©, de dĂ©jĂ  explorĂ©, mĂŞme la première fois, surtout la première fois, car ce n’est jamais la première. Il est nĂ©; divin ou pas il est nĂ©; donc ce souterrain lĂ  il le connaĂ®t, c’est ce qui le fascine, c’est le plus connu qui est le plus exaltant(ainsi le dĂ©colletĂ©, objet de dĂ©sir majeur du mâle, ouvre-t-il sur le sein qu’il tĂŞta bĂ©bĂ© avec la passion que l’on sait). 

Pour revenir Ă  l’histoire, il me semble qu’autrefois c’est aux souterrains que les fortunes et les vies ont Ă©tĂ© constamment ramenĂ©es. Richesses (vins, blĂ©s)entassĂ©es loin de la lumière de l’envie et de la cupiditĂ©; c’Ă©tait aussi un lieu de fuite lorsque les envahisseurs avaient percĂ© le rempart, nuit du sauve qui peut, illuminĂ©e d’un guide que l’on devine intuitif et malicieux. 

Il existe comme on voit une relation entre notre corps et la ville, nous le saisissons obscurĂ©ment: la cathĂ©drale est la tĂŞte, le plateau le corps, les souterrains sont le bas du corps, les boyaux comme on dit. A cette vision enfantine il faut ajouter les constructions souterraines qui empruntent leurs formes Ă  la cathĂ©drale. Les ogives sous la terre prĂ©sentent une autre cathĂ©drale oĂą l’on pria peut-ĂŞtre selon des rituels peu catholiques comme le laisse entendre le poète conteur Hubert Haddad. Pas de portail Ă©difiant comme Ă  l’autre cathĂ©drale, l’entrĂ©e n’est pas Ă©vidente, humble porte discrète, lourde, quelques marches, usĂ©es en leur milieu (il y passa donc bien du monde) qui projette, une fois ouverte, la lumière du dehors. C’est une structure en miroir: ces ogives noires sans but seraient le tain de la grande cathĂ©drale. On sourit de songer que le gothique Ă©tait aspiration vers la lumière et qu’ici ce style majestueux, grandiose, qui voulait dĂ©vorer le ciel, s’Ă©lance, dĂ©rision magique, dans la nuit du roc taillĂ©. 

1/5 les souterrains de laon

Prélude

La butte tĂ©moin s’ouvre aux quatre horizons et donne Ă  notre prĂ©sence sur la terre un souffle inhabituel, la gĂ©ante cathĂ©drale multipliant par cinquante notre corps vertical. Le monde colorĂ© passe sous notre regard, l’aventure du plateau est un arc-en-ciel et mĂŞme bouchĂ©e (les nuages, balourds visiteurs) la trompette de lumière azurĂ©e module ses innombrables mĂ©lodies de nuances Ă©blouies. DignitĂ©, fiertĂ©, exaltation, rĂŞve de puissance, tout se mĂŞle lorsqu’on se prend Ă  songer aux siècles, aux Ĺ“uvres et Ă  notre vive prĂ©sence, modeste et capitale.

Que dire alors des souterrains? Lorsqu’on s’enfonce sous le plateau, c’est une nuit de pierres, le monde se fait noir et blanc, les galeries s’Ă©lancent, bifurquent, se croisent pour le plus grand plaisir des spĂ©lĂ©ologues, las d’avoir Ă©tĂ© arrosĂ©s par la lumière du jour. Je crois qu’ils cherchent Ă  animer un peu la peur de vivre Ă  cru qui est l’autre nom de la peur de ne plus vivre. Le savant aussi bien que le touriste y entend en effet son coeur battre, le silence est tel qu’on se sent plus directement vivant, le corps remue comme la nuit du poète, le pas fait vibrer les dalles: on ne ment plus, c’est bon. La nuditĂ© de l’existence fait l’excellence des lieux et nous attire comme si c’Ă©tait la vĂ©ritĂ© enfin de notre vie. 

Ces rocs entassĂ©s, percĂ©s, creusĂ©s, Ă©vidĂ©s par l’eau et la main de l’homme offrent un tombeau vivant Ă  explorer, ainsi peut-on peut-ĂŞtre imaginer par avance, lampe au front, une image de notre vie après la vie. 

Les souterrains angoissent et rassurent, ils sont notre Ă©moi perdu sous les pas des piĂ©tons du parvis. Les emprunter est une autre promenade qu’en ville haute. Elle est hors temps, hors climat, et Ă  condition de s’habituer Ă  la fragilitĂ© des lumières, elle offre du passage accidentĂ© vers le paradis une reprĂ©sentation saisissante, Ă©touffement mimĂ© sous le poids des pierres. Il est vrai qu’avancer c’est risquer: l’explorateur peut se perdre Ă  chaque dĂ©tour, choisissant la galerie de gauche au lieu de la droite qu’il croit connaĂ®tre puis, la panique aidant, rebrousse chemin par aspiration Ă  retrouver le connu. Marcher ainsi Ă  la presque aveuglette, c’est mettre en valeur son courage, son flair, son savoir aussi. Tel grès des parois, telle argile du sol en disent autant Ă  l’explorateur que la nature du sol et des plantes pour un agriculteur. 

Il est vrai qu’il en va des souterrains comme de nos pays oĂą la main de l’homme a glissĂ© partout, les dĂ©couvreurs d’antan sont devenus fonctionnaires et les prĂ©cieuses balises du tourisme courant ont remplacĂ© les errements du hardi pionnier qui, une lampe sourde Ă  la main, s’est Ă©lancĂ© pour la première fois dans la dĂ©couverte du mystère des lieux d’oĂą la vie semble absente. 

guerres et paix

solitaire je m’enfouis

dans les parfums faisandés

de la terre gorgée de feuilles et de boue

les flaques marquent la loi de mon pas

l’affreux cri métallique des pies

toujours en conflit

et voilà qu’au fond des forêts

les guerres du jour me relancent

je songe que les massacres du passĂ© 

ne cessent jamais de regronder

tandis que je trĂ©buche aux racines 

affleurant aux chemins Ă  venir

puis dès avant l’aube

comme on respire

l’aurore presse son oeil 

et je dĂ©couvre Ă©berluĂ© 

l’incroyable des bruyères

survolées des alouettes mystère

mille notes amies

s’éparpillent vers l’ouest 

concert pour rĂŞveur 

foule de senteurs qui se lèvent 

c’est alors que se risquent des voix 

qui bercent et consolent 

j’écoute

voyage d’hiver

la glace lance ses premières arias

les sournois courants d’octobre

s’en vont mordre les omoplates 

suivront rhumes pâles  et longs frissons surprises

puis la voix s’enrouera sur la route d’hiver

les pulls ne suffiront bientĂ´t plus

contre les bises jalouses

c’est ainsi qu’elles encombreront

de leur souffle d’acier

nos fragiles cordes vocales

qui voulaient trop chanter le retour du printemps

notre déclin

je vois dans l’oblique Ă©blouissante 

la plus petite brindille 

sur le fond bleu des herbes

le rayon va jusqu’à percer les troncs Ă  l’extrĂŞme des terres

des vitraux grincent entre les branches

la jeunesse du jour a passĂ© dĂ©jĂ  

jonchée aux semelles

l’aventure froissĂ©e 

des feuilles d’ici se reproduit vivante 

oh ce doux déclin qu’on aime tant

car c’est le nĂ´tre au miroir 

inexorable tranquillitĂ© des teintes 

du visage et des nombreux bois de chez nous 

l’angoisse se pare comme nature 

et dans l’allée qui mène au manoir

on envisage son futur en paix 

puisque tout nous ressemble

les êtres sont fils et filles d’octobre

et puisque les arbres tiennent 

nous tiendrons 

pas après pas Ă  l’allure de l’automne 

(naissant nous savions que l’octobre un jour serait)

que les aubes chaudes tièdiraient 

puis se glaceraient un matin 

de solstice au bout du voyage d’hiver

quand le mendiant tourne sa vielle

opulence d’octobre

vous détestez la saison

vous n’avez pas le goût des fruits

maussades impatients

ne voyez vous pas 

danser sur l’oblique des rayons

le doré des grains et le grave

des mains veinées par les efforts

toute cette charge du temps 

à voir couler les ans les décennies

notre petite affaire de vivre

arrive avec son oui conciliant

plein du sourire d’octobre

on a bêché biné au jardin

les longs sillons des légumes

prenants et chauds encore

grappes Ă©clatant de santĂ© 

c’est la richesse de l’être humain

son sourire permanent

la main a tout fait

pour que ciel impalpable 

et terre lourde et fraîche enfin

accordent à notre fragilité naturelle

avec le vin qui fait rĂŞver

un retour de joie appétissant

octobre est ce temps positif

aboutissement de croissance

octobre est le but de nos reins

cassés justifiés par le fauteuil

d’hiver quand le feu approuvera

notre présence auprès de lui

et que son  bonheur rouge nous gardera

auprès des braises fabuleuses

vers le solstice: crise d’automne

ce qui crève les yeux

c’est l’abandon du vert et des fleurs

on change les vĂŞtements

la mer glacée des aubes

vient réclamer sa part

et c’est le noir morose des terres

et le vivement brun qui mord

à cru dans la mosaïque des prés

les lèvres du temps

ne marchandent plus 

les feuilles disent dépitées

qu’elles n’y croient plus 

c’est alors le presque silence

de leur descente froissée

ça ne cesse plus de chuchoter

sous l’ouest bruissant 

on voudrait avancer les mains

on voudrait apaiser l’effroi

on voudrait revoir une fois

les vallons aux vaches paissant

mais l’hélas des jus nouveaux

coule Ă©carlate Ă  la gorge 

vin pur pour enivrer pour oublier

les feuilles de marronniers sont des décors

bruit furtif tragique

elles sont étouffées repliées

c’est l’usure des peaux du temps 

mes enfants revenez venez 

m’enseigner la renaissance

souriez moi encore un peu 

votre voix même s’étouffe

dans la brume du mois

râclez vos gorges

toussez dans l’aube vos misères

on va prendre des trains de nuit  

chargĂ©s de tous les vivants 

en route vers la nostalgie 

de l’encore moins 

toujours moins

on a raison de s’embrasser

il reste peu de temps peu d’encore

je vois bien lĂ -bas un second soleil

mais c’est loin tellement loin

promenade

je me perds dans les chemins tendus

le pas me mène 

la peine aussi 

les feuilles sous le vent 

laissent cascader ors et larmes

les lèvres me brûlent

la peur d’avancer m’alimente les rêves

dans la clairière seul

le chagrin pousse l’errance de son filtre mineur 

et soudain l’allĂ©gresse surgit aux poumons 

la marche se fait plus vaste

j’entends des rires là-bas

buissons de joie cachĂ©e 

l’automne se fait berceau

nourrice qui chante ses échos jusqu’au fond des bois

clarine velours et mauve de pluie 

le passé à mon pas

je reviens

sous la bruine amorcĂ©e 

contre ce souriant balai de l’ouest un peu vif

il me semble que je danse

dans la boue des ornières

admirant les bouleaux aux frissons

oriflammes glorieux qui saluent 

le petit bonheur du grand retour 

auprès de l’âtre dĂ©vorant 

les eaux secrètes

j’ai un vallon en tête

il berce un lac

où les voiles procèdent

en hĂ©sitant longuement 

tiĂ©deur de notre France 

les cygnes s’élèvent

semblent marcher sur l’eau

retombent en silence

se croisent apaisés

mes yeux visent le ciel 

et la terre lĂ -bas

goutte dans l’eau

on dirait de l’ombre

qui roule et s’avance

ça menace

des voix de feu s’exaltent

le lac soudain agité

vaste peur de jadis

c’était l’Ailette aux morts

pluie de fer ça gémit

au pied du mont souvenir

enfants persécutés

je vous entends courir

sur le chemin

le lac porte vos pas

vers le ciel grand ouvert

cent ans c’est peu

et vous ĂŞtes si nombreux

Ă  rĂŞver sous les eaux

loin très loin de nous

le pays de partout

j’avance funambule

sur un cable un peu fragile 

manière de pointillés inexorables

je néglige le point final tout au bout là-bas

en cet étrange pays de nulle part

que je ne verrai pas

je préfère observer l’avance des nuées

prévoir le temps qu’il fait à défaut de l’autre

patauger sous la pluie

prendre garde aux ornières

c’est ma voie privée oui

mais je me demande si je ne me suis pas fourvoyé

taillis bosquets hĂŞtres chemins de halage

le canal droit vers l’horizon 

tiens c’est celui de l’enfance 

c’est un autre et c’est lui pourtant 

jadis au long de l’eau

les cimes se hissaient jusqu’aux pluies 

les peupliers Ă©taient cent couleurs 

alignés sur le fil de mes rêves

ils étaient changeants joyeux frémissants

en cet automne leur majesté s’émousse d’avoir trop balancé

arĂŞtes qui se taisent en ligne 

j’ai beau pousser mes pas

les chuchotis d’étĂ© 

étouffés sous les feuilles

s’endorment sous les semelles 

j’ai bien peur que l’hiver monotone etc

allons allons

songe à ces printemps qui t’attendent

au pays de partout

équinoxe d’ octobre I

nuit et jour encore un peu égaux

se sont liguĂ©s contre mes yeux 

la nuit de la cécité

est advenue équinoxe personnelle

la nuit tombant sur mon oeil droit

volet qu’on rabat

brutalement automne du regard

c’est le miroir qui a été étonné

personne ne l’a su que moi

c’est la fĂŞte de l’oeil gauche 

polyphème qui redoute désormais

une ruse des paupières

la douceur d’octobre est cruelle

je n’ose lui dire qu’elle est belle 

elle m’aveuglerait 

de ses flèches dorées

qui rampent sous les herbes 

lors du crépuscule gorgé de menaces

tant que je pourrai aller sous la nue

sans me perdre

tant que l’orbe gauche compensera

ma blessure 

ma prĂ©sence allumera les bois 

j’irai par les chemins incongrus 

sans me soucier du but 

un coup d’oeil suffira pour savoir oĂą je suis

le globe de gauche triomphe

heureux d’être seul à écrire

son importance s’est accrue

capitale je le vois bien

tout est bien dit-il grand ouvert

je vais avec toi vers le monde

et pour dormir tu vas voir

la nuit vient plus vite

équinoxe de septembre VI

j’aime à voir les fruits des arbres

rejoindre ceux de la terre

pommes et champignons

se croisent en sens inverse

frileux d’avant la froidure 

mon corps se dresse pour le sucré

aviditĂ© du promeneur distrait 

puis soudain attentif 

ma joie aussi de la découverte

des girolles Ă  mes pieds 

de cette source pour les pas

il monte de ces mille dĂ©licates 

un plaisir chaud et froid 

Ă  la mesure de la saison 

les belles surgissent au vent 

formant d’ étranges cercles

chapeaux d’une foule 

fragilement agencĂ©e 

j’aime le moment imprévisible

oĂą le fruit se dĂ©tache 

mystère du temps  

double sens de la gravitĂ© 

que les girolles tapies

accueillent en souriant

sous les feuilles malices

lorsque dans l’odeur du crépuscule

ciel et terre s’épousent enfin

équinoxe de septembre V

la fabrique des jours

a construit ses abris provisoires 

l’écureuil travaille dans le tronc qu’il creuse 

on s’entraide

tandis que les propos grinçants des corbeaux nous bousculent  

vers l’obscur

la parole de septembre 

dans la suite fluide des mois 

est si puissante avec sa lumière d’équilibre

que sa splendeur ocrée

mord partout vers l’avant 

au devant de nous

le bleu du ciel n’est pas de trop

mais l’eau manque

des pluies permettraient de respirer

il y aurait par avance 

la croissance vermeille des soirées

et les yeux qui s’ouvrent en douceur au petit jour

sur le chemin d’aventure 

je vois la main du vieil homme 

crispĂ©e sur la canne brune 

empruntée aux hêtres centenaires

elle désigne en tremblant

lĂ -bas le château fort en ruines 

où l’on a vécu des siècles sans jamais ciller

jusqu’au jour hĂ©las des bombes 

or il fait trop sec dĂ©sormais 

je réclame l’insolente rémanence des sources

sa musique manque Ă  nos pas

j’ai toujours aimé l’eau douce des fontaines

elles ont besoin de notre hommage

ah que revienne l’hiver noir aux toits blancs

et ce froid qui justifie l’affairement du maçon

nous aurons des abris

des pierres des mots

et surtout le flot jaillissant inépuisable

qui va chantant que tout continue

équinoxe de septembre IV

paupières et branches 

s’abaissent dans l’ombre

une fatigue effleure les feuilles ridées

on dit bonjour sans entrain aux allées

où la lumière oblique un peu

  • l’automne dĂ©jĂ  –  

perçant de son ocre triomphant

nos avances encore faciles 

l’humus murmure sa souplesse

sous les pas lentement posĂ©s 

la peine des feuilles 

forme un flot tapissé

que l’orient semble-t-il a jeté là

et contre les chocs de la pluie brune 

des glands dépris

ma main te serre elle t’assure 

que le vent qui fraîchit soudain

en bourrasques

n’est un danger pour personne

malgrĂ© le dĂ©clin 

ce  n’est pas l’heure de tomber

hume la tiĂ©deur de septembre 

Ă  l’auberge de la mĂ©lancolie 

nous irons promis valser dans le soir 

qui fuit lĂ  bas avec le vent 

embrassant l’ouest en flammes roses