balconnières

avec les hirondelles 

reviennent les balconnières

leur brun de terre cuite

fête ses rouges éparpillés 

poitrines décolletées

les fenêtres s’endimanchent 

leur bleu feuillu frémit au vent

Voix

La Voix

La voix c’est la vie. Les cordes qui vibrent (et que le violon transpose) articulent un sens. Je crois qu’ elles rassurent quand, dans la maison, on n’entend plus que le tictac de l’horloge et qu’affollé soudain on appelle un ami, une amie, une âme possible et qui parle et va répondre. Cela arrive à tous les vivants. On dit que les morts parlent mais c’est la mémoire qui articule à vide. Le bonjour du matin est un frais débordement sur l’obscur intérieur. Il est nécessaire pour faire revenir le jour, car la joie qui évoque le temps qu’il fait par exemple, allège le crâne débordant de remuements intimes. Mais tous parlent en même temps. C’est qu’animant l’air de notre voix, on habite le monde entier.

trois petits poèmes sur le printemps

je l’accueille tranquille

toits et mains

dans le silence découpent

leurs présences anciennes

ravissements écrits

du veilleur aux aguets

la carrière croule

sous les pas qui cèdent

c’est la même terre

qui te tenait joyeux

quand enfant exalté

tu criais aux moineaux

le beau blé tout bleu

qui s’en vient sous mon pas

frissonne encore d’hiver

il confie qu’il ne peut

sous le ciel inclément

risquer un petit peu

ses épis

hier

la mousse et les bruyères

s’apaisent sous mes pas

je ne suis que passage

mon ombre était hier

dans les halliers là-bas

et c’est tellement loin 

amie tu te souviens 

et moi je suis si lourd

myosotis

des yeux cerclés de bleu

se pressent en bouquet

que le vent fait trembler 

mon présent se souvient 

du vert d’avril prenant

c’était de toi à moi

caresses d’un regard

forêt

peu à peu impénétrable 

comme nous et les ans

la forêt déplie ses bourgeons

parade nuptiale des feuilles 

qui étouffent mes pas

et la clairière assombrie 

implose au calme assourdissant

des oiseaux qui filtrent ma voix