les lilas blancs d’avril
hantés des tourterelles
sont vivement bousculés
par le souffle du vent
qui visite ma nuit
balayant de lourdes effluves
au fond de mes draps ébaubis
Le blog de Raymond Prunier
les lilas blancs d’avril
hantés des tourterelles
sont vivement bousculés
par le souffle du vent
qui visite ma nuit
balayant de lourdes effluves
au fond de mes draps ébaubis
avec les hirondelles
reviennent les balconnières
leur brun de terre cuite
fête ses rouges éparpillés
poitrines décolletées
les fenêtres s’endimanchent
leur bleu feuillu frémit au vent
je l’accueille tranquille
toits et mains
dans le silence découpent
leurs présences anciennes
ravissements écrits
du veilleur aux aguets
la carrière croule
sous les pas qui cèdent
c’est la même terre
qui te tenait joyeux
quand enfant exalté
tu criais aux moineaux
le beau blé tout bleu
qui s’en vient sous mon pas
frissonne encore d’hiver
il confie qu’il ne peut
sous le ciel inclément
risquer un petit peu
ses épis
la mousse et les bruyères
s’apaisent sous mes pas
je ne suis que passage
mon ombre était hier
dans les halliers là-bas
et c’est tellement loin
amie tu te souviens
et moi je suis si lourd
des yeux cerclés de bleu
se pressent en bouquet
que le vent fait trembler
mon présent se souvient
du vert d’avril prenant
c’était de toi à moi
caresses d’un regard
peu à peu impénétrable
comme nous et les ans
la forêt déplie ses bourgeons
parade nuptiale des feuilles
qui étouffent mes pas
et la clairière assombrie
implose au calme assourdissant
des oiseaux qui filtrent ma voix
Douce et majestueuse, elle se dresse un peu là, elle n’est même que ce haussement élégant aux pentes délicates; je la cultive presque rigoureusement avec une joie renouvelée, c’est ma Sainte Victoire, toute proportions gardées; elle chante; les veaux viennent relever parfois de leur présence la modeste puissance de ce lieu unique; c’est une voix qui s’essaie à monter contre le crémeux de nos ciels parfois azurés. L’obsession qu’elle met en marche au lissé de ses pentes incite le passant à la voir comme notre existence, montée et descente, mais elle se tient là obstinée, comme un portrait de nos vies, émouvante et droite.
poésie et passage
Ce n’est jamais le bon moment pour évoquer 14 18 et le chemin des dames. Mais si, bien sûr. Et rendre hommage à ces jeunes gens c’est peut-être un peu plus que des fleurs et des hymnes. Il m’a semblé qu’ils pouvaient parler en poésie, qu’ils pouvaient tout nous dire, que pour leur rendre hommage la joie était nécessaire, pour les inviter à la fête de vie, pour aller plus loin que le rituel des fleurs et des discours. La poésie est là aussi pour ça, pour dire et chanter, pour évoquer longtemps, pour aller au chemin avec entêtement et musique des mots. Murmurer toute l’année à leurs côtés, pourquoi pas?
C’est une des îles de Scilly. La nuit a ici ceci de particulier qu’au milieu de l’Atlantique elle est totale : aucun éclairage. Alors comment en parler et surtout comme filmer cette absence de lumière? Les vagues captent les reflets de la lune, je devine là bas le couchant encore; le noir fouille à l’inverse d’un phare. L’océan bouge sans bruit , il s’endort, mais d’un œil. La vie palpite sans nous, émotion pure. Un léger clapotis joue son tambourin discret. A l’intérieur de soi la nuit s’habille du clignotement des vaguelettes. C’est l’immobile du temps suspendu dans les poings fermés du sommeil.