trois petits poèmes sur le printemps

je l’accueille tranquille

toits et mains

dans le silence découpent

leurs présences anciennes

ravissements écrits

du veilleur aux aguets

la carrière croule

sous les pas qui cèdent

c’est la même terre

qui te tenait joyeux

quand enfant exalté

tu criais aux moineaux

le beau blé tout bleu

qui s’en vient sous mon pas

frissonne encore d’hiver

il confie qu’il ne peut

sous le ciel inclément

risquer un petit peu

ses épis

le mont

Douce et majestueuse, elle se dresse un peu là, elle n’est même que ce haussement élégant aux pentes délicates; je la cultive presque rigoureusement avec une joie renouvelée, c’est ma Sainte Victoire, toute proportions gardées; elle chante; les veaux viennent relever parfois de leur présence la modeste puissance de ce lieu unique; c’est une voix qui s’essaie à monter contre le crémeux de nos ciels parfois azurés. L’obsession qu’elle met en marche au lissé de ses pentes incite le passant à la voir comme notre existence, montée et descente, mais elle se tient là obstinée, comme un portrait de nos vies, émouvante et droite.

retour de fantômes

poésie et passage

Ce n’est jamais le bon moment pour évoquer 14 18 et le chemin des dames. Mais si, bien sûr. Et rendre hommage à ces jeunes gens c’est peut-être un peu plus que des fleurs et des hymnes. Il m’a semblé qu’ils pouvaient parler en poésie, qu’ils pouvaient tout nous dire, que pour leur rendre hommage la joie était nécessaire, pour les inviter à la fête de vie, pour aller plus loin que le rituel des fleurs et des discours. La poésie est là aussi pour ça, pour dire et chanter, pour évoquer longtemps, pour aller au chemin avec entêtement et musique des mots. Murmurer toute l’année à leurs côtés, pourquoi pas?

nuit

C’est une des îles de Scilly. La nuit a ici ceci de particulier qu’au milieu de l’Atlantique elle est totale : aucun éclairage. Alors comment en parler et surtout comme filmer cette absence de lumière? Les vagues captent les reflets de la lune, je devine là bas le couchant encore; le noir fouille à l’inverse d’un phare. L’océan bouge sans bruit , il s’endort, mais d’un œil. La vie palpite sans nous, émotion pure. Un léger clapotis joue son tambourin discret. A l’intérieur de soi la nuit s’habille du clignotement des vaguelettes. C’est l’immobile du temps suspendu dans les poings fermés du sommeil.

le sous bois

enfin la raison qui fait que je vais constamment au bois. Rares les jours où je n’y vais pas. C’est un jeu imaginaire. Immense jeu d’imagination, où la voix progresse tranquille et chaude, juste pour le plaisir du souvenir; je me surprends parfois à y chanter. “L homme y passe à travers des forêts de symboles qui l’observent avec des regards familiers” Baudelaire, Correspondances. Ce n’est pas dans la foule que l’on est habité, mais solitaire dans le sous bois. Alors tout revient avec les ombrages et le clair obscur.

matin d’hiver

La mélancolie nous saisit et nous réjouit – car Chopin emplit de joie tant il est parfait ; nous voici au milieu des autres, en hiver de la vie, l homme des foules qui au lieu de nous réjouir follement , nous esseule, nous isole, comme nous le sommes réellement, au tout début et à la fin de la vie. Le froid de l’hiver est là, en avant et en après. Mélancoliser est ici l’autre nom de vivre. C’est notre vraie condition flottante, si bien décrite par Chopin. Il fallait chanter beau pour dire le vrai de solitude. Ce qui est tenté ici.

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