retour de gel

Reparaîtra peut-être ce jour acariâtre où la terre se vautrera dans l’aurore grave. J’en ai peur. J’ai peur de cet hiver printemps. Au temps des clochettes, des grappes, de ce fragile précoce où les fruits s’aventurent. Je redoute l’herbe lourde qui frôle en marchant le dessous du genou. Je dirai au froid que je désapprouve son anachronisme belliqueux. Il a le droit, bien sûr, mais l’enfance sabrée, l’adolescence fouettée me semblent mal venues au bord de la rivière en crue. Les appels d’amour étaient si forts dans la brise encore folle de notre avril premier. J’en veux tout soudain aux boutons qui naquirent pour rien au bord de leur ouverture si gracieuse, pauvres pommiers. La France tempérée dément sa réputation de “doulce” en s’offrant au septentrion polaire. On dirait que la vie, la vraie, la facile, lui répugne, et que l’aurore a perdu la clef du soleil qui fait les fruits, en désaccord avec la symphonie des colzas radieux, ce soleil de terre qui mord les yeux et craque doré au flanc des collines. Je crois qu’il ne vont pas oser geler, ces safrans de chez nous au parfum qu’on croit fort, si nécessaires aux oiseaux pour repérer les insectes dont ils sont si friands. Dans ces jours des saints de glace, du fond du lit, on n’entend presque plus les hirondelles qui venaient d’arriver, joie de nos ciels zébrés. Je m’interroge; vont-elles remigrer vers les azurs de là-bas, en bas, abandonnant sans se retourner leurs nids de mortier encore humide? Tant d’aller et retour pour rien. Non, ce n’est pas dieu possible. Leurs acrobaties fatiguent les pupilles et amusent le ciel.  Je vais dire au vent d’ouest de me balayer tout ça, nuées crémeuses, arbres frémissants sur leurs troncs à peine rigides. Il faut laisser aux branches la stabilité nécessaire à la maturation des boutons. Je me dis que les fleurs qui côtoient mes pas sont encore plus en danger de gel. On ne pense pas assez aux boutons d’or qui font la richesse des champs de chez nous. Leurs collerettes savantes s’enclosent le soir et, comme les pâquerettes, il me paraît qu’elles ferment leurs joues aux indélicatesses des glaces impromptues. Ainsi s’endorment mes boutons d’or. C’est du moins comme ça que j’aime les voir quand le soir tombe. Leur col jaune refuse la mode qui veut qu’on aille débraillé (en mai fais ce qu’il te plaît) dès le printemps avancé. Et s’ils s’enrhumaient? Qui les soignerait? Quel insecte curieux se vautrerait dans leurs calices givrés? 

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