Eloge du Teppaz (Brassens ou le désaccord parfait)

C’est un des personnages principaux de mon “Brassens ou le désaccord parfait”. Les grattements les chuintements y sont évoqués dans la voix de Brassens. La circularité donne à la rengaine son véritable instrument. La pose du “diamant” a des charmes incompréhensibles pour les non initiés. Le craquement des poussières, la plage (la plage!) sont des moments qu’on n’oublie jamais. Il n’y avait rien, et soudain quelque chose advient et chante; de l’inouï; on dirait que cet adjectif inouï a été inventé pour le Teppaz. Une correspondante mentionne l’importance de cet instrument de musique, portatif et magique, elle a raison. On songe à la dépression d’après guerre; il y a un remède; c’est le teppaz qui tourne et danse dans les chaumières. Ce qui est encore plus beau, ce sont les déraillements du Teppaz. La machine électrique déraille si le disque est zébré d’un ongle malhabile. Disons le, tous les disques du Teppaz étaient rayés et donc pour dépasser cette blessure, il fallait attendre le bon moment, le mauvais moment donc, pour pousser le diamant, ce qui agrandissait la rayure, comme les bas nylon de l’époque. C’était incurable et sympathique, car la douleur de la pointe qui passe et repasse le même passage vingt fois trente fois inscrit définitivement la chanson dans sa redite infinie et fabuleuse.

(“Brassens ou le désaccord parfait” éditions mille sources: gilbert.beaubatie@gmail.com. Tél : 05 55 26 27 77)

petits poèmes d’été (2022) II

5

cette nuit qui procède vers nous

induit mille vertus d’étoiles

et nos visages c’est toutes les lunes

qui conspirent contre l’obscur

dans ce bal oublié des danseurs

inventons aujourd’hui le sourire de minuit

6

ce bol de porcelaine tout neuf

où mes paumes pâles se réchauffent

je sens mes mains qui s’animent de leur sang

je hume alors le fort du café noir

et l’aventure du jour m’emmène au château

où s’avance pas après pas le graal de Perceval

7

quand le matin s’éveille

qu’il cale ses voiles

sous le souffle du temps

mes mains tendues font

un rempart fragile contre

le soir qui faseye à l’horizon

petits poèmes d’été (2022)5,6,7

1

à mesure que la sérénité perdure

c’est à sons de trompe 

que les soirées reviennent 

la banalité ne fuit plus 

et je perçois à l’arrière du soleil 

les plages petites de tes matins chantés 

2

le cri fébrile du sang

a laissé place aux grands déserts

où le bon vivre est le repos 

et si la nuit file sous ton pas 

qui retourne et tourne encore 

laisse venir l’or  à ta fenêtre

3

et les aubes loyales

revenues de tout 

allument les fonds marins 

et renvoient au jour dit 

la fleur aux éclats 

qui dormait dans la nuit

4

fragile gris bleu de chez nous 

qui s’ouvre azur cru de midi

nous échoit un vent fluide agité

toujours l’ouest agrippe les cheveux

et mes mains rêvent d’arrêter la houle

pour écouter une seconde d’éternité