les trames du matin au fond du lit
esquissent des espérances miraculeuses
une fois debout chaussons aux pieds
je traverse hésitant la brume du salon
croise le miroir et me souhaite un bonjour quand même
Le blog de Raymond Prunier
les trames du matin au fond du lit
esquissent des espérances miraculeuses
une fois debout chaussons aux pieds
je traverse hésitant la brume du salon
croise le miroir et me souhaite un bonjour quand même
sous mes doigts le soir s’éteint au chevet
j’abandonne la terre à l’univers
mon corps consent à s’absenter
joues et rêves s’échangent sur l’oreiller
puis vient l’embaumement familier de la nuit
le déclin se lit à l’horizon sur le visage
il a débuté ses ravages
balayant la joie d’été
feu d’artifice de ce qui fut
et le printemps au sourire lisse
s’enfonce lentement sous le tain du miroir
un hibou dans la nuit
c’est un assaut velours
contre le vertige des étoiles
rempart d’échos
qui protège les rêves
cette allumette craque en rêve
souvenir des bords de l’âtre
qui enflammèrent mes nuits de neige
l’orage d’été a ces mêmes éclats
et je souris du retour complice
du couple des solstices
quand le grain de ma voix m’échappe
que les mots meurent au désert
tout au fond de ma gorge sèche
le roc de mon âge souffle un vieil air
ma mie s’enchante au seul appel de son prénom
et nos pas glissent de concert vers l’oasis
les enfants se tutoient
de leurs voix flûtées
ils s’avouent de graves secrets
montagnes d’énigmes
qui plus tard s’effacent dans la foule
dès qu’un passant leur dit vous
quand le matin s’éveille
qu’il cale ses voiles
sous le souffle du temps
mes mains tendues font
un rempart fragile contre
le soir qui faseye à l’horizon
ce bol de porcelaine tout neuf
où mes paumes pâles se réchauffent
je sens mes mains qui s’animent de leur sang
je hume alors le fort du café noir
et l’aventure du jour m’emmène au château
où s’avance pas après pas le graal de Perceval
cette nuit qui procède vers nous
induit mille vertus d’étoiles
et nos visages c’est toutes les lunes
qui conspirent contre l’obscur
dans ce bal oublié des danseurs
inventons aujourd’hui le sourire de minuit
la brise porte en son souffle tout un monde
de branches frémissantes
qui aspirent hors sol
le juin limpide
on entend les étoiles du jasmin qui se frôlent
au cru des tiges
une enfant siffle au coin de la rue
l’histoire d’une amour mélancolique
et d’un qui n’en peut mais de vivre
puis le solstice des angoisses
se dissout bientôt au noir des frondaisons
le vent léger expire une joie de rêve
ça y est ça y est
il se passe quelque chose
la brise redouble son fouet
les nuées d’ouest affluent
la pluie s’effondre
le jardin à peine sec
réinterroge ses racines
tout est bien tout est beau
miracle
les miroirs d’azur soudain écartent les blancs frissons
les troënes frottent leurs tiges au soleil
un poivre amer et pur
monte en poussières mouillées
longtemps l’aventure d’être sera cet unique parfum
paradis des pavillons de chez nous
calés contre de gris et bleus bosquets engazonnés
Raymond Prunier
Brassens ou le désaccord parfait
Ed. Mille sources 2022
Pour toute commande: gilbert.beaubatie@gmail.com
ou 05 55 26 27 77
25 € + 3 € de port
Ce livre n’est pas seulement une sorte de commentaire de son œuvre ni même seulement de ses paroles; ce livre prétend faire également entendre la musique de Brassens.
Quand le lourdaud dit: la musique de Brassens c’est toujours la même chose, il ne sait pas à quel point il dit vrai. Ce “toujours la même chose” est son excellence; on peut le dire tout autant de Picasso, de Montaigne, de Racine. Cela porte un joli nom : c’est son STYLE. Autant dire: ainsi fut-il présent sur cette terre, voilà ce qu’il a apporté en propre à son art délicat.
C’est un roulé fameux qu’il a imposé à nos tympans. Il a cent fois répété qu’on ne devait pas entendre sa musique… ou alors comme une musique de film, suggère-t-il. Il cultive le sombre des accords, trois doigts le pouce, il sait que cela n’a rien d’original. Je prétends qu’il invente une ritournelle qui fait pièce au temps contre la mort obligatoire; il a écrit “Le Gorille” pour dénoncer la peine de mort, mais la dénonciation de l’autre mort, la vraie, celle de tous, de chacun, l’inévitable, rôde également toujours à l’intérieur de chaque chanson. C’est le fait des très grands artistes, c’est à cela qu’on les reconnaît: la mort est là, on ne la voit pas, on ne l’entend pas, mais elle est là constamment tapie dans l’ombre, comme elle l’est dans nos vies dites quotidiennes. La mort dort derrière nos vacations, son oubli fait d’une certaine manière notre possibilité de vivre, de rire, de chanter. Mais jamais aucune seconde n’est semblable à la suivante. Or, la chanson est justement cette répétition; elle n’est nécessaire que parce que le refrain impose sa manière frémissante et obstinée. La chanson est dès lors un moyen royal pour faire la nique à la camarde, dont Brassens nous parle si souvent, en forme de murmure, pour nous confier sa crainte hélas justifiée.
Rien n’est plus important dans sa musique que cette discrétion voulue. Il lutte insidieusement contre notre véritable ennemi, la finitude de nos existences précaires. Son fameux 6/8, ce trois en deux, est une course, une marche rapide, que l’auteur commente à satiété: c’est la mort qui est l’objectif réel, c’est la course à l’abîme qui est mimée. Le roulé incessant imite les vagues qui s’avancent monotones et donnent un décor régulier qui permet à l’auteur de bâtir l’aventure drolatique: fondations immobiles et mouvantes (le bateau dérisoire des “copains d’abord”) sur lesquelles la mélodie peut monter et donner sa pleine saveur. La régularité des sons permet à la mémoire de garder en son cœur (et jusqu’à notre mort) la puissante hypnose cathartique de ses chansons qui nous bercent en riant et qui sont surtout, on le voit bien, autant de consolations.
fragile gris bleu de chez nous
qui s’ouvre azur cru de midi
nous échoit un vent fluide agité
toujours l’ouest agrippe les cheveux
et mes mains rêvent d’arrêter la houle
pour écouter une seconde d’éternité
le solstice est le vrai nouvel an
je soupèse les cadeaux du printemps
la lumière s’attarde sur son plus long sourire
fruits et blés sont à deux doigts de donner
je note que le piano des pluies
oublie un temps ses doigtés
à l’aube du déclin nu
dans ce jour sans fin
ma joie capte la main du jour ouverte au plus large
et voici le rouge
teinte maîtresse
couchant fier de son empire
qui ne cesse de s’étendre
mais avant
cerises et coquelicots seront ciel et terre
avant la nuit un récit de couleurs s’inventera
où jaunes et bleus vont se disputer le vert la vie
puis entre le chaud de ma présence
et le froid de la voie lactée
les étoiles vont finir par gagner
plus tard plus loin
c’est la loi de nature
mais le jour éternel planté dans l’année
affirme en ce présent
que j’aurai bien tenu
les rosiers frisquets de l’aube
embués immobiles
chantent à bas bruit
l’arc du jour et ses lents déploiements
les boutons cousus dans la nuit
amorcent l’éclosion
ce florilège savant des roses
qui vont maquiller les lèvres des maisons
au pied des seuils avenants
elles passent la matinée
à se coiffer les pétales sous la brise
et lorsque sonne le vif de midi
les bonjours des tiges frémissent une dernière fois
la rosée aspirée par la lumière n’est plus
l’ombre donne alors le la du repli
forçant les belles à s’ouvrir encore
puis la brise de l’après-midi
se joue des coupoles de couleur
la vigueur ne sert plus
qu’à déflorer plus vite
tapis de grâces frêles
un velours rouge recouvre les plates bandes
des volets claquent quelque part
je crois qu’au crépuscule les rosiers saignent
il est tard
on frôle minuit
demain tôt le jour refleurira
ainsi vivent les rosiers
aux alentours du solstice