Ronsard, les roses et Guillevic

RONSARD ET LES ROSES

Que serait Ronsard

Sans les roses ?

Mais que seraient les roses

Sans Ronsard ?

Seraient-elles

Ce qu’elles sont

Maintenant pour nous ?

Probablement

Elles provoqueraient moins.

S’il n’y avait pas eu Ronsard,

Autres seraient nos douleurs,

Nous dirions moins bien

La joie.

2 février 1986

(“Accorder” Eugène Guillevic, Gallimard, 2013)

Je me permets d’ajouter à la merveille de Guillevic ces quelques dérives:

On a l’ impression que Ronsard est le masculin de la rose. 

Il en est le père; sans lui et ses vers, elles ne se seraient peut-être pas épanouies.

Sans Ronsard un parfum manquerait au monde.

La rose est l’autre nom de l’amour. Or, la Renaissance est parmi nos livres le pays de l’amour et Ronsard est le poète qui vient aux lèvres lorsqu’on pense à ce printemps de notre culture. 

Le rose, la couleur rose, LA rose donc,  vient du froid de l’hiver blanc et s’épanouit avant le rouge du soleil de juillet; mélange des deux excès, elle est contemporaine du premier temps; elle est le printemps. 

La question vaut alors d’être posée: y’ a-t-il une autre saison? Les trois autres, dûment estampillées, sont du déclin ou de la mort. Seul le printemps a cette joie spontanée, ce positif total, cette allure magnifique qui dit que tout est beau, que tout respire l’optimisme créateur. Un sang neuf parcourt le pays qui ressemble au printemps, qui est à lui seul déjà le printemps, à savoir la France tempérée, doux pays, avec des extrêmes nord et sud qui frisent l’excès, mais qui dans sa majeure partie est en effet selon le vieux mot: la doulce France. C’est précisément le centre du pays de Ronsard. 

On peut sourire de ces approximations que je formule ici avec une assurance qui se défait des nuances coutumières. Pointe occidentale de l’Europe, elle sème pourtant ses fantaisies magiques à l’intérieur des imaginations. Sa tiédeur, son extrême richesse architecturale, ses terres richissimes, font d’elle un pays troublant qui exhale comme la rose un parfum prenant. 

Le globe-trotter, revenant au pays, doit reconnaître que son pays a un côté fabuleux; et voici que lui reviennent ces vers: “Il est des parfums frais comme des chairs d’enfant, doux comme les hautbois, verts comme les prairies” (Baudelaire) et il comprend qu’il a bien fait de partir, pour retrouver avec joie ce parfum au pays des roses tempérées.