courage

courage

j’entends craquer le jadis

mais j’ai beau peser de tout mon pas

la terre présente ne marque plus 

ce qui marche est volatile

ce qui pense coule en buée

notre présent s’encapsule de passions

et mes mains tremblent d’être peu 

savoir qui commande est bien vague

la parole vocifère pour soi 

et pourtant et pourtant dit la voix 

toujours des couples s’inventent

à l’instant leurs mots doux

des sourires aux avenues 

émergent parfois de la foule 

robes et manteaux volent

dessus les pas dansés

les parapluies se ferment 

les lèvres s’ouvrent 

des voix des voix des voix

j’entends sur le boulevard

des cris qui ne sonnent qu’une fois 

c’est moi c’était moi 

et l’urgence présente dit la voix 

est au petit temps pathétique

alloué à nos vies

ce courage

14 réflexions sur « courage »

  1. C’est comme essayer de se souvenir d’un rêve. Entre réel et irréel, un paysage de lavis d’encre de Chine. “Être ou ne pas être”….

  2. “j’entends sur le boulevard

    des cris qui ne sonnent qu’une fois

    c’est moi c’était moi ”

    Je ne dirai que deux mots : Poésie/Gallimard

  3. L’écriture de Raymond Prunier tend vers une nudité verbale liée au noir qui la précède. Et le passage vers plus de lumière est émouvant.
    Excéder la vie et la mort par l’écriture. L’homme debout regarde à ses pieds l’ombre des sans-voix, ceux de 14… Visages comme autant de bouches d’ombre. Frottements de la mort sur la terre gaste. Paroles qui poursuivent une parole…

  4. Accords subtils entre les corps et le paysage, une toile un peu grise… Est-ce la pluie des yeux quand les parapluies se ferment ?
    Un siècle bien tragique…
    L’immensité est en vous
    “ce qui marche est volatile / ce qui pense coule en buée / robes et manteaux volent / dessus les pas dansés”
    Là est le courage.

    1. Hölderlin disait qu’il était plus affecté par les vicissitudes des idées que par celles de la vie. C’est un bon résumé; c’est exagéré, mais il y a de ça dans l’amplitude de mon propre pas.

    2. Plus j’ai avancé en âge, plus l’horizon s’est ouvert. Il n’est pas forcément positif de vivre ainsi dans les courants d’air. L’affaire de vivre, comme je dis parfois obscurément, n’est pas faite que d’ouverture perpétuelle. Et pourtant c’est bien ainsi que se risquent mes pas. Oh je trébuche bien à l’occasion, mais les bipèdes qui tombent à défaut de mourir, se relèvent en époussetant le devant de la gabardine et reprennent le pas. Le courage que vous me prêtez porte un autre nom à l’intérieur de mes remuements intérieurs. C’est la musique. Un ami philosophe, parfaitement dépressif, me demandait souvent agacé: mais pourquoi ris-tu donc? J’aurais voulu lui répondre: mais la vie, l’amour de la vie, mais la joie de vivre.
      Voici la clef: fortement contraint dans l’enfance, je n’en reviens toujours pas de vivre. Les jours passent et il ne se passe rien (de gravissime), c’est la joie, la liberté, la libération, la respiration. Mais à ton âge dit le sage, as-tu tant de motifs de te réjouir?
      Oui, monsieur le sage. Vivre est un éternel renouvellement d’espérance. Je ne connais aucun déclin. Mais je tremble pour ceux (la plupart) qui n’eurent pas la chance d’avoir eu des parents malveillants. Ce temps est aigre et si l’on se laisse porter, bonjour.

      1. Mystère que ces lignes : “Mais je tremble pour ceux (la plupart) qui n’eurent pas la chance d’avoir eu des parents malveillants. Ce temps est aigre et si l’on se laisse porter, bonjour.”

        1. Je m’en veux parfois de tenir des propos si raisonnables qui a posterori me semblent déraisonnables.
          C’est d’une logique imparable, si les parents malveillants produisent des esprits profonds(paroles risquées, ça produit aussi des crétins ou des fous), les parents bienveillants ( la majorité aime les enfants) produisent des esprits rassis qui souffrent des obstacles présents, respirer seulement, car ils n’ont pas appris à souffrir, à résister, à lutter. Mais c’est extrêmement discutable. Je défendrais plutôt l’idée inverse.
          A propos de : je pense ceci mais je pense aussi son contraire, je citerai volontiers André Dhôtel qui disait: “Des idées? Mais je n’en ai pas des idées.!” propos qui m’a toujours beaucoup amusé (j’y ai vu longtemps une ruse ardennaise !); je me demande si tout cela est bien vrai. Car dire qu’on n’a pas d’idées est déjà une idée. J’y vois plutôt une manière de ruse, dont Montaigne par exemple fait grand usage. Cette pensée serpentaire déborde d’un athéisme virulent. Car depuis que le monde est monde alors que tout le monde pense, nous devrions être dans un monde parfait.
          Demain je me contesterai bien à loisir, aurait dit à peu près Montaigne. .

  5. Je vous imagine face à la feuille blanche ou l’écran vide, obstiné, méditant. Face à la solitude de cette page.
    Et cette volonté d’écrire.
    La page blanche défend le silence.
    C’est un combat.
    La vie est-elle une page blanche ?
    Le paysage que vous voulez est-il une page blanche ?
    J’imagine le calme autour de vous.
    Vous, tout bruissant de rêveries, de souvenirs, d’oublis (ce sont eux qui font le plus de bruit )…
    Et cette rigueur d’artisan qui vous met en tension.
    Comment l’écrire cette page ? Comment m’inscrire ? C’est un temps lent, un temps de patience, un temps de gestation, de gémissements.
    Jadis… Je pense à Brassens.
    Lectrice solitaire, je vous lis. Vous me répondez d’écrire.

    1. Cela dépend; une chose est sûre: il faut écrire, comme manger, respirer. J’écris quand même souvent comme vous dites. Silence troublé par l’oubli (quelle trouvaille) et tout ce que vous dites.
      Mais parfois – assez souvent – l’écriture vient alors que je ne veux pas, alors que je ne peux pas. Je suis occupé à autre chose et j’ai envie de dire: ah non; puis j’écarte le balai, je m’assieds mal sur la première chaise venue et j’écris à la hâte. Pris par la chose, j’oublie le balai, je corrige et recorrige, toujours au même endroit. Parfois je m’allonge dans le lit avec mon pauvre papier scribouillé, appuyé de biais sur l’exemplaire pléiade des Essais (c’était tout récemment), je glisse des ajouts, je barre et parfois miracle je m’endors parce que je sais que je ne suis pas très loin de la fin du poème ou de la rêverie. Il est rare que je finisse. Après le somme souvent lourd, je relis, je corrige encore et je termine très vite. Je suis rarement mécontent.
      Dans quelques semaines peut-être vais-je trouver la chose insipide. Mais c’est rare, car LA MUSIQUE NE TROMPE PAS.

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