s’éloignant le gel accorde un répit à la peau
peut-être est-ce la fin des lèvres déchirées
les voici lisses et riantes malgré l’épidémie
elles vont s’ouvrir avec les fleurs et chanter
seule la peur de l’autre pourrait dégriser les bises
Le blog de Raymond Prunier
s’éloignant le gel accorde un répit à la peau
peut-être est-ce la fin des lèvres déchirées
les voici lisses et riantes malgré l’épidémie
elles vont s’ouvrir avec les fleurs et chanter
seule la peur de l’autre pourrait dégriser les bises
il fut toujours maladroit moulinant les paroles
sans s’y attarder il laissait le bonjour aux oiseaux
rôdait autour des nuages avalait les syllabes
et câlinait trop longtemps les chats en allant à l’école
sa mère amoureuse du maître fit des mots chaque jour
j’ai saisi sa main gantée de froid
au bord de ses yeux l’hiver avait perlé
un souffle muet a monté de ma bouche brume
serrant ses doigts sur le quai j’ai suivi son regard
puis la machine a toussé – choc sec- sur les rails parallèles
quand le gel dans sa sournoise violence frappe à ma porte
je repense à l’effroi qui me prenait aux pieds
grelottant au fond du lit anticipant les griffes des engelures
ainsi ai-je traversé les crevasses de l’enfance sans songer
que je vivrais un jour dans ce home chaud qui m’est château
mes amis vos poignées de main me manquent
ma paume reste vide de vous pauvres de nous
l’épidémie a interdit de ferveur nos métacarpes
je vais doigts ballants nos coudes s’effleurent misère
où êtes vous ma voix sous le masque dites est-ce bien moi
un soir un matin et dans l’entre deux l’infini
de la nuit bavardage muet où je demeure ôté de moi
où je repose tout rivé à la terre noire intérieure
horizontal ligoté dans mon âge berceau blanc
puis voici ce matin la vie qui déplie le ciel et la lumière méritée
une fois né que fait-on et comment et pourquoi
je conseillerais à voix basse de célébrer les aubes
où le gris encourage le bleu dans sa lutte orangée
je me rappelle d’ailleurs avoir lu quelque soir d’hiver
qu’aimer la vie suffisait largement à restaurer l’azur
dans l’attente du soleil en travail sous le givre
je tends l’oreille vers les éclats de glace
songeant que ma capuche en cas de léger regel
sera le recours oreiller où j’enfoncerai ma tête
rêvant alors du sucre parfumé des ombelles de mai
comme si elles pouvaient ressusciter les années de fête
je pianote d’aventure des schubertiades fraîches
autant de clairs de lune qui me rappellent que ma chanson
hôtesse future d’ouvrages feuilletés distraitement
portera en retour ces oeuvrettes à quelque rêveur anonyme
une fine lumière ne cesse de croître
les crêpes imposent au crépuscule leur roue éblouissante
elles fument encore de leur métamorphose par le feu
après avoir réussi tandis que je les faisais sauter dans la poêle
une cabriole qui repousse les lambeaux de l’hiver vieillissant
gravité de nous n’irons plus aux bois
les lauriers ont été pillés par des mains tout humaines
la belle a ramassé les branches et les rêves de gloire
j’allais pourtant glabre et chantant sourire en bandoulière
j’entends encore sous la charmille mon soprano perdu
les pas des oiseaux toujours m’inquiètent
ils sont si fragiles ces vieillards du ciel
ils tanguent de toutes leurs plumes
poids lourds effleurant les roseaux
me voilà soulagé ils s’envolent picorer les étoiles
quand le chocolat craque dans le palais
toutes les pièces s’allument à la fois
de l’enfance au présent qui plaît
les sons se renvoient mille et un échos
mais dans le parc c’est le pas du chat qui donne le la
Alban Nikolai Herbst grand écrivain allemand s’est ingénié à le traduire
Kaue den Tag
Zerkracht die Schokolade zwischen den Zähnen
Leuchten auf einmal die Räume weit auf, und – ja! –
von der Kindheit bis zum glückhaft heutigen Wähnen
verschmilzen Klänge zu tausend und einem Echo der Zeit
Aber im Park gibt uns die sanfter schreitende Tatze der Katze den Kammerton A
On pourra lire sur le blog de Alban Nikolai Herbst les commentaires qui ont été suscités par cette brillante traduction…
les cabanes où l’enfance me garda
loin de l’usure des jours des mois des ans
dansent dans le secret de ma mémoire et je revois
leurs toits crevés de rayons qui berçaient ce silence
mêlé d’humus qu’aucun parfum n’évoquera jamais
je brave le gel trop de lumière
pareil au papillon je cligne des yeux
mais où est passée la ligne d’horizon
on devrait la graver un beau matin d’hiver
elle préviendrait la rétine de l’abîme du ciel