je reconnais avec joie
ma vigne vierge d’il y a bien des automnes
son rouge ardent contre la grille
fait éclater les barreaux
elle saigne sa fin de saison
choc de l’écarlate écroulé
s’émiettant en feuilles désolées
sur le trottoir des jours
où j’allai si souvent
je crois qu’après l’effroi d’octobre
elle va vers l’étrangeté des gels
et l’on ne verra plus de la grille
que ses croix ajustées
or je devine à travers la prison
cette maison de nos amours
où nous fûmes longtemps
et soudain ta voix
le souffle de ta voix
l’incroyable de ta voix
ce cru murmure de ta voix
m’implore timide là-bas
depuis le grand balcon carré
reviens avant l’hiver
fautes et blessures sont oubliées
je mesure ma vieille chance
et je donne raison aux accents de la vigne
qui me préviennent au présent
Je me souviens de la Vigne et la Maison de Lamartine
Bien à vous
je crois que c’est là que nous avons appris à mouiller le papier de nos larmes d’ado. Au temps de la vitesse, on s’attarde vieillard sur ce poème qui me chante. Ainsi toute une vie.