la voix de la vigne

je reconnais avec joie 

ma vigne vierge d’il y a bien des automnes 

son rouge ardent contre la grille

fait éclater les barreaux 

elle saigne sa fin de saison 

choc de l’écarlate écroulé 

s’émiettant en feuilles désolées

sur le trottoir des jours

où j’allai si souvent 

je crois qu’après l’effroi d’octobre

elle va vers l’étrangeté des gels

et l’on ne verra plus de la grille 

que ses croix ajustées

or je devine à travers la prison

cette maison de nos amours

où nous fûmes longtemps 

et soudain ta voix 

le souffle de ta voix 

l’incroyable de ta voix 

ce cru murmure de ta voix 

m’implore timide là-bas

depuis le grand balcon carré 

reviens avant l’hiver

fautes et blessures sont oubliées

je mesure ma vieille chance 

et je donne raison aux accents de la vigne

qui me préviennent au présent 

2 réflexions sur « la voix de la vigne »

    1. je crois que c’est là que nous avons appris à mouiller le papier de nos larmes d’ado. Au temps de la vitesse, on s’attarde vieillard sur ce poème qui me chante. Ainsi toute une vie.

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