fin du jour 

Nous voici au moment où le tissu des jours  s’effrange, léger déclin de la lumière aux deux extrémités, matin puis soir. Le clair extatique de la saison tremble un peu sur l’août (ce roc de l’année); il se laisse raboter, il n’est plus ce chant vertical qui prépara ses ombres dans les secrets gracieux du printemps grossissant: plus la lumière montait, plus les halliers s’assombrissaient sous la hardiesse entêtée des feuilles neuves; oui, vous verrez l’air transparent je veux dire non mouillé, semblait dire la saison nouvelle, mais permettez que je ménage à votre visage un peu de baume froid, cette ombre nécessaire à votre survie contre le feu d’été, qui tombera comme un torrent venu des ciels.

Voici descendre, en cet août joyeux, la pente douce (mais dure)de ces moments qu’on aligne en pensée, quand les ciels chargés miment la glissade trop chaude qui sournoisement, lente feinte, mène plus vite qu’on ne l’imagine aux tiédeurs de septembre. 

Dansant dans l’ivresse de la pluie d’août (oh la finesse, c’est à peine de l’eau, douche légère, que l’on pourrait semble-t-il contrôler!) je constate que j’imite de mes bras les branches du saule qui bravent le vent. Mais j’invente une envie dont je ne fais rien: il m’est difficile de ne pas suivre du regard les hésitations de l’arbre gris dans lequel je me vois. On dirait qu’il approuve les petites brises, ce qui le vieillit plus encore; le soir, je le félicite d’avoir tenu un jour de plus.

Perdu dans ses tortillons, il se fait totalement immobile; un ultime oiseau lui pique l’écorce mais aucune brindille ne cède. On ne bâtit plus à cette heure, ainsi l’oiseau apprend-il que la nuit s’effondre plus tôt, sans un bruit. Le merle va dormir dans le recoin ombreux qui lui ressemble. Sa ponctuation ironique dit en riant que c’est fini et donne l’ordre au jour de fuir dans les filaments irisés du couchant. Je souris avec lui.