Quand vers le soir le soleil caresse la peau de la terre, j’observe qu’il tient encore en éveil les oiseaux qui se tressent leurs cachettes d’hiver. Le soleil voit par dessous les futaies; c’est une espèce de sage curieux, à l’affût du beau. Je suis arrosé par son calme pénétrant d’éblouissements. Il éclaire moins qu’il ne fait gloire aux cimes et branches qu’il paillette d’une glace orange. Des fleurs hardies renaissent sous ses fils dorés. Mes pas procèdent dans le chemin verni d’argent et d’or et la forêt se fait palais; c’est que la pluie du matin a laissé au sentier des nuances de tapis rutilant où le rouge, gravité du temps, alerte ma vie de se tenir prête. Captée par les feuilles lourdes, l’existence se calfeutre dans l’amour oblique des rayons généreux. Le soleil est un océan de sons articulés par les branches nues: curiosité que cet arbre qui se déshabille en plein soir, en plein froid. Je suppose que les arbres pour tenir debout se défont du superflu qui gît bientôt à mes pieds; leur but est de donner moins de prise aux bourrasques et plus d’espace à la lumière déclinante.
Il se respire alors une étrange mélancolie de la nature entière, chant d’espoir qui dit que tout tombe mais se relèvera. Au loin, le troupeaux des arbres forme une sorte de camaÏeu, espérance complexe qui s’endort en son déclin multicolore. Des joies secrètes émergent à travers les rares échanges des passereaux malicieux qui piquent l’air un peu frais d’étincelles subreptices. J’aime ce moment très lent où le rouge s’en va, c’est un adieu; il glisse sans prévenir à travers toutes les teintes comme s’il voulait nous inciter à escamoter avec lui la lumière irisée.
L’ horizon rabat doucement, en souriant de tous ses feux, la couverture du jour sur son menton de terre. Se prépare, en un dernier éclat, la vie mirifique du lendemain et son retour du beau.