Mois : février 2026
retour de fantômes
poésie et passage
Ce n’est jamais le bon moment pour évoquer 14 18 et le chemin des dames. Mais si, bien sûr. Et rendre hommage à ces jeunes gens c’est peut-être un peu plus que des fleurs et des hymnes. Il m’a semblé qu’ils pouvaient parler en poésie, qu’ils pouvaient tout nous dire, que pour leur rendre hommage la joie était nécessaire, pour les inviter à la fête de vie, pour aller plus loin que le rituel des fleurs et des discours. La poésie est là aussi pour ça, pour dire et chanter, pour évoquer longtemps, pour aller au chemin avec entêtement et musique des mots. Murmurer toute l’année à leurs côtés, pourquoi pas?
nuit
C’est une des îles de Scilly. La nuit a ici ceci de particulier qu’au milieu de l’Atlantique elle est totale : aucun éclairage. Alors comment en parler et surtout comme filmer cette absence de lumière? Les vagues captent les reflets de la lune, je devine là bas le couchant encore; le noir fouille à l’inverse d’un phare. L’océan bouge sans bruit , il s’endort, mais d’un œil. La vie palpite sans nous, émotion pure. Un léger clapotis joue son tambourin discret. A l’intérieur de soi la nuit s’habille du clignotement des vaguelettes. C’est l’immobile du temps suspendu dans les poings fermés du sommeil.
folle couronne
le sous bois
enfin la raison qui fait que je vais constamment au bois. Rares les jours où je n’y vais pas. C’est un jeu imaginaire. Immense jeu d’imagination, où la voix progresse tranquille et chaude, juste pour le plaisir du souvenir; je me surprends parfois à y chanter. “L homme y passe à travers des forêts de symboles qui l’observent avec des regards familiers” Baudelaire, Correspondances. Ce n’est pas dans la foule que l’on est habité, mais solitaire dans le sous bois. Alors tout revient avec les ombrages et le clair obscur.
matin d’hiver
La mélancolie nous saisit et nous réjouit – car Chopin emplit de joie tant il est parfait ; nous voici au milieu des autres, en hiver de la vie, l homme des foules qui au lieu de nous réjouir follement , nous esseule, nous isole, comme nous le sommes réellement, au tout début et à la fin de la vie. Le froid de l’hiver est là, en avant et en après. Mélancoliser est ici l’autre nom de vivre. C’est notre vraie condition flottante, si bien décrite par Chopin. Il fallait chanter beau pour dire le vrai de solitude. Ce qui est tenté ici.
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Cathédrale II
La cathédrale est au centre de nos préoccupations. Ecrire à Laon, c’est parler du chef d’oeuvre qui nous hante partout où l’on va. Ses formes et les sons qu’elle produit lorsqu’on s’y égare – pénétrer dans un chef d’oeuvre voilà le miracle de l’architecture – emplit de fierté et de grandeur, au “temps de la détresse” (Hölderlin). La vie de l’esprit est honorée sous nos pas, sous nos yeux. Vue de loin, vue de près, elle est modèle de poème et de chant. Nous avons bien de la chance, nous qui vivons à deux pas.
les fleurs de Germain
Germain est un prénom français qui désigne aussi ceux que je nomme parfois nos cousins; ce sont les allemands; ce poème extrait de “Le chemin” 14-18″ (édition lumpen 2018)propose une cérémonie fraternelle, où l’on dépose, Germain et moi, des fleurs (poussées dans son jardin)sur le monument aux morts au jour du 11 novembre. Le recueil dont ce poème est extrait est bilingue, d’un côté le français de l’autre la version allemande du même poème traduit par le poète Helmut Schulze. Il se trouve alors que le livre et l’action de déposer les fleurs (la langue française et la langue allemande)se recroisent et s’échangent, cent ans plus tard. Un poème est une poignée de main a dit le poète de langue allemande Paul Celan, nous nous y tiendrons.
L’ouest
La densité du texte ne doit pas tromper. On a bien deux visions de l’ouest. L’une qu’on pourrait dire météorologique et qui nous concerne de près quotidiennement; elle est faite de bruits et de sons naturels, c’est le vent d’ouest, le vent qui vient de la mer. La seconde vision est celle de l’occident et son histoire avec joies, croyances et amours possibles car cette partie du monde a toujours été prodigieusement avantagée; elle est démocratique et aspire plus ou moins à l’égalité, c’est la civilisation telle que nous la révérons chaque jour. C’est l’occident.
La visiteuse
la visiteuse
C’est une dame de mon invention; elle introduit un personnage qui est à l’image de la joie de vivre. Elle revient parfois pour égayer de son rire des propos parfois sombres qui peuvent être évoqués dans la suite des poèmes. Un peu à la manière de la fille de la lande de Schiller elle arrive ici avec des fruits et des fleurs pour évoquer l’inspiration, la richesse profuse de l’imaginaire. Le printemps de Botticelli pourrait la figurer.