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Mois : janvier 2026
la neige
chemin des dames
cathédrale I
Claudine Bohi “point fixe”
Le point est le plus petit objet de l’écriture; chaque lettre tracée en est une suite. Il marque par ailleurs, dans notre coutume d’écrire, l’ultime paragraphe, la clôture de la phrase. La poète nous chante sa fixité car une fois posé, c’est une pointe fichée dans le tendre de la feuille. Claudine Bohi étire ces tièdes notions pour en faire un suspend. Car c’est bien plus vaste et “Point fixe” d’emblée s’enchante sur le blanc avec cette stupéfiante particularité qui justement abolit le point, si bien que ce qui est entre nos mains, le recueil, est un seul et unique poème, avec le “fixe” pour point de mire et justement pas de point. Et pourtant chaque page est un poème.
La fixité est alors chaque poème, puis tout le recueil à la fois. Ainsi la page puis toutes les pages. Le fascinant est dans ce titre évidemment qui nous ramène peut-être à Archimède et son fameux point d’appui grâce auquel on pourrait soulever le monde. On s’aperçoit alors que chaque poème dans sa nudité crue, dans sa concision admirable, offre en effet une prise sur le monde d’aujourd’hui si glissant, si confus, si brouillon. “Ni jour ni nuit”(p. 61), “il est tout petit en grand”(p.18), “ en lui toute l’Histoire”(p.54), les débuts mordent sans frémir sur l’inconsolable, sur l’espérance, sur notre vie ici et maintenant. Il s’affirme contre le flou des temps; il dit à chaque début notre présence et en déroule les bonheurs possibles.
Le lisant, j’étais évidemment presque impatient de découvrir comment Claudine Bohi avait conclu, puisqu’il faut bien conclure, même si le recueil sinue à travers nos appuis possibles (point fixes); et là, on a envie de dire, naturellement, c’est la mort qui nous attend, puisque le point fixe est à l’image de la brièveté de notre existence, c’est son pas ultime. Sans déflorer les finesses du texte, on peut je crois citer cette merveille de joie: “Dans ce point là/ on ne meurt pas”.
La poésie est là, résumée dans sa grave modestie et son énergie pure. Comme tous les grands recueils de notre temps, Claudine Bohi lance vers l’avant une espérance concise, bien dans sa manière, qui fait qu’on n’a qu’une hâte c’est de reprendre son souffle et de rouvrir le recueil pour évaluer le chemin parcouru, reparcourir l’aventure de lire le modeste recueil époustouflant.
collection Grand ours / No 31 éditions l’Ail des ours nov. 2025
24 rue Maurice Gavelle 02200 Mercin-et-Vaux, je constatai que l’uatreure l’avait déjà écrit quelque dpart
e-mail: aildesours02@orange.fr
PS: à l”instant où j’allais remiser le “point fixe” de Claudine Bohi sur l’étagère à poèmes, avec cette nostalgie que je connais bien, j’ai senti qu’aux regrets se mêlait comme un manque: avais-je bien dit ce que, le lisant, j’avais vécu? Il m’apparut que oui. Puis je me ravisai. J’aperçus, non pas l’essentiel, mais une clef qui, comme dans “La lettre volée” de Poe, crevait les yeux et dont je n’avais pas parlé, alors qu’elle ne cessa de me visiter tout le temps où j’écrivis. C’était là, sous mes yeux, sur la couverture, le nom, le nom de l’auteure, Claudine Bohi et ses deux “i” comme des points fixes, “points fixes” ayant eux aussi deux “i”. Décidément ma rêverie était loin d’être achevée.
On peut considérer les points sur les “i” comme de vagues conventions, mais un “i” sans son point ce n’est plus un “i”, c’est une verticale sans plus. Comme le “e” pour Perec disparaît (si j’ôte le “e”, Perec ne peut plus être dit), le point sur le “i” doit rester, sinon le nom est perturbé, et l’on se dit que Claudine Bohi a bien fait de s’accrocher à ce point fixe, il ne s’agit rien d’autre que d’assurer sa présence: lorsqu’on écrit à la main (les moines copistes le savaient bien), la main doit se lev er pour tracer le point; minuscule distance fragile au temps de l’identité menacée: voilà un lieu caché en pleine lumière admirablement mis en valeur par l’auteure.
Reprenant le recueil, je m’assurai que l’auteure, j’en étais sûr, avait mentionné quelque part mes petits pas rêvés :
P 51 “Contre vents et marées
il reste là, il t’accompagne
nulle part dissimulé
mais jamais visible
non, jamais repérable”
landes
lourdes de genêts
agrémentées de bruyères en fleurs
les îles sont zébrées de nos pas
fermes et lents qui font le chemin
contre le vent obsédé de soi
les arbres cèdent en vieux routiers
qui ont connu toutes les colères
ils font semblant d’approuver
en lâchant aux sautes de souffle
une feuille ici ou là
puis soudain dessus la haie
entre deux rocs la baie violette
ouvre sa bouche contre l’horizon
épousailles de bleus
dans lesquelles se mêlent
du brun au rose toutes les teintes
alors émerge d’une écume
impeccable immaculée
la splendeur sombre des rocs ravinés
une survie est possible
dans le désert des eaux
on croit soudain à ces îles minuscules
qui chantent
lyres horizontales
la joie des terres
qui flottent en effet sur le fil des lointains
nuit
vers le soir
les milliers de miroirs
sur les vagues mobiles
batifolent murmurant
presque sans bouger
rigidité froide
du couchant qui s’étale
la lumière se joue de l’eau
préparant en surface
les étoiles noires du ciel à venir
les rocs si vivants tout à l’heure
sont des navires à l’ancre
masses d’ombre dégoulinantes
premiers fantômes
issus du sommeil de l’océan salé
la paix prend place là-bas
le visage du jour nous quitte
ici aucune lumière publique
l’obscur des pas seul résonne
pour affirmer notre être
décalé de soi
soulagement de l’océan
c’est ainsi un seul chant
qui s’époumone
eaux
des brutaux retours d’écume contre le roc
jusqu’au long bavardage des eaux
j’éprouve des langues moussues
qui s’effacent discrètes
après avoir éveillé les nacres
de l’eau pulvérisée
ce tangage ancien
bien avant le langage
était au berceau des eaux amniotiques
souviens t’en
et voici l’océan qui reprend la balance maternelle
dans l’émergence des terres
j’entends leur frisson altier et doux
les îles osent leurs entassements de pierres
contre le flot
puis les mouettes s’y mettent tranquilles
appogiatures insolentes
leur suffisance fait peur
beau tremblé de vivre pourtant
en plein chaos
ainsi glissent-elles
comme pour jouer avec le feu des lames
et l’enfance oubliée
revient en force faire des siennes
au milieu des nuées
que ces vastes oiseaux auront l’audace d’explorer
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l’eau de Scilly éclate et s’allume
entre rocs et reflets
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sur l’eau transparente
qui ronge innocente
les pierres sombres
pour en faire des îles arrondies
multipliées éparpillées
à peine nommées
tant elles sont nombreuses
elles chantent au ressac
modestes parmi les taches bleues
elles émergent
comme des gorges assoiffées
touchantes et rudes
ce sont des blocs de siècles
de millénaires
sur l’océan têtu
masques vivants d’eau fraîche
je vois nos crânes
dessus les flots de la foule
quand on observe candide
l’éternité mobile
des visages qui parlent
à travers la brume écumante
amours d’hiver
partout comme un parfum
Elle erre dans l’hiver
elle répand sa présence neige
douce au regard
elle embellit par la croisée ce que ses yeux effleurent
son chant demeure en sa maison
mais elle a la voix posée des chaleureuses
on l’entend bien par les halliers perdus
Lui sait qu’elle est à sa hauteur
égale en rêve ou en réel
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il n’est plus clos sur soi
Ils songent tous deux que les branches de janvier
sont à l’image de leurs bras nus
les feuilles en vestes dépouillées
gisent à leurs pieds
puis chaque jour chaque nuit emmêlés
leur songes volent contre la pluie
et la gouttière chante en majeur
c’est alors que l’aube
très lente les étonne
et leurs yeux dessillés
font lever le jour neuf
et leurs baisers tout vifs
contre le givre brûlent
rendant hommage
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c