Début septembre mon fils m’a emmené aux îles de Scilly entre la pointe de la Cornouaille et notre Finistère. Elles s’étirent là discrètes, tempérées par le gulf stream, cachées parmi les palmiers et les bruyères roses. Enchantements perpétuels.
- Scilly
l’eau de Scilly éclate et s’allume
entre rocs et reflets
très antique histoire de côtes
sur l’eau transparente
qui ronge innocente
les pierres sombres
pour en faire des îles arrondies
multipliées éparpillées
à peine nommées
tant elles sont nombreuses
elles chantent au ressac
modestes parmi les taches bleues
elles émergent
comme des gorges assoiffées
touchantes et rudes
ce sont des blocs de siècles
de millénaires
sur l’océan têtu
masques vivants d’eau fraîche
je vois nos crânes
dessus les flots de la foule
quand on observe candide
l’éternité mobile
des visages qui parlent
à travers la brume écumante
2.nuit
vers le soir
les milliers de miroirs
sur les vagues mobiles
batifolent murmurant
presque sans bouger
rigidité froide
du couchant qui s’étale
la lumière se joue de l’eau
préparant en surface
les étoiles noires du ciel à venir
les rocs si vivants tout à l’heure
sont des navires à l’ancre
masses d’ombre dégoulinantes
premiers fantômes
issus du sommeil de l’océan salé
la paix prend place là-bas
le visage du jour nous quitte
ici aucune lumière publique
l’obscur des pas seul résonne
pour affirmer notre être
décalé de soi
soulagement de l’océan
c’est ainsi un seul chant
qui s’époumone
3. landes
lourdes de genêts
agrémentées de bruyères en fleurs
les îles sont zébrées de nos pas
fermes et lents qui font le chemin
contre le vent obsédé de soi
les arbres cèdent en vieux routiers
qui ont connu toutes les colères
ils font semblant d’approuver
en lâchant aux sautes de souffle
une feuille ici ou là
puis soudain dessus la haie
entre deux rocs la baie violette
ouvre sa bouche contre l’horizon
épousailles de bleus
dans lesquelles se mêlent
du brun au rose toutes les teintes
alors émerge d’une écume
impeccable immaculée
la splendeur sombre des rocs ravinés
une survie est possible
dans le désert des eaux
on croit soudain à ces îles minuscules
qui chantent
lyres horizontales
la joie des terres
qui flottent en effet sur le fil des lointains
4. eaux
des brutaux retours d’écume contre le roc
jusqu’au long bavardage des eaux
j’éprouve des langues moussues
qui s’effacent discrètes
après avoir éveillé les nacres
de l’eau pulvérisée
ce tangage ancien
bien avant le langage
était au berceau des eaux amniotiques
souviens t’en
et voici l’océan qui reprend la balance maternelle
dans l’émergence des terres
j’entends leur frisson altier et doux
les îles osent leurs entassements de pierres
contre le flot
puis les mouettes s’y mettent tranquilles
appogiatures insolentes
leur suffisance fait peur
beau tremblé de vivre pourtant
en plein chaos
ainsi glissent-elles
comme pour jouer avec le feu des lames
et l’enfance oubliée
revient en force faire des siennes
au milieu des nuées
que ces vastes oiseaux auront l’audace d’explorer